En France, les impôts sont si bien cachés que nous avons tous l'impression, au moins dans un premier temps, d'en payer peu, voire même pas du tout.
La vérité est pourtant totalement différente.
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La vérité, c'est non seulement que nous payons tous des impôts, mais en plus, que nous payons tous environ 50% d'impôts. Autrement dit, vous ne le savez peut-être pas, mais l'État vous prend la moitié de votre salaire.
Voilà par exemple les taux d'imposition en fonction du salaire brut que j'obtiens et cela sans tenir compte des impôts directs (impôt sur le revenu, taxe d'habitation, etc.):
Vous pouvez constater que tous les Français payent presque 50% d'impôts alors que les impôts directs ne sont même pas pris en compte. Ces chiffres vous étonnent? Vous ne voyez pas comment l'État pourrait vous prendre la moitié de ce que vous gagnez? C'est pourtant la stricte vérité et vous allez pouvoir le vérifier par vous-même tout de suite. Vous gagnez beaucoup plus d'argent que vous ne pensez Savez-vous combien d'argent vous gagnez par votre travail? Savez-vous quel est votre salaire? Vous me répondrez sans doute que oui. Permettez-moi cependant d'en douter. Pour ne pas connaître votre salaire, vous avez une bonne excuse: le bulletin de paye français n'a vraiment pas le mérite d'être clair sur la question. D'après vous, votre salaire, c'est le salaire net? Le salaire brut? La réponse est: ni l'un, ni l'autre. Vous gagnez plus que votre salaire brut, bien plus. En effet, votre salaire, c'est tout l'argent que votre employeur est prêt à payer en échange de votre travail. Il vous verse un certain salaire brut, certes, mais il paye également les charges patronales correspondant à ce salaire brut aux organismes sociaux. Si votre employeur accepte de payer l'ensemble de cette somme, votre salaire brut plus les charges patronales, c'est qu'il juge que le travail que vous effectuez pour lui vaut bien cette somme. Votre véritable salaire, c'est donc votre salaire brut ajouté aux charges patronales. Pour calculer ce que nous appellerons désormais votre salaire réel pour éviter les confusions, il vous suffit donc d'additionner à votre salaire brut le total de vos charges patronales qui figure habituellement en bas à droite du bulletin de paye:
Maintenant que vous connaissez votre véritable salaire, examinons combien l'État vous prend sur cette somme. Vous payez successivement trois sortes d'impôts:
Il y a d'abord la CSG (contribution sociale généralisée) et la CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale). Enfin, il y a l'ensemble des charges sociales. Comme nous l'avons vu, il n'y a pas de subtiles distinctions à faire. Qu'on les appelle charges salariales ou bien, à tort, charges patronales, de toute façon, c'est vous qui les payez. Il est inutile de vous lancer dans une longue addition de tous ces montants pour savoir combien vous payez exactement. Ce qui vous reste de votre salaire réel après cette première vague d'impôts, c'est votre salaire net(1). Pour savoir quel est le montant des impôts prélevés à la source, il vous suffit donc de soustraire votre salaire net à votre salaire réel:
Afin de déterminer le montant des impôts directs que vous payez par mois de salaire, divisez le total que vous avez obtenu par 12 si vous êtes payé sur 12 mois, 13 si vous êtes payé sur 13 mois, etc.:
Ces impôts sont extrêmement bien cachés. Ils sont partout et pourtant on ne les voit jamais. Il s'agit des impôts sur la consommation. Nous les payons à chaque fois que nous faisons un achat. La liste de ces impôts est longue: TVA (taxe sur la valeur ajoutée), TIPP (taxe sur l'essence), taxe sur les alcool, taxe sur le tabac, droits de mutation (frais de notaire), etc., je ne saurais les citer tous. Le principal impôt de ce type est la TVA. Sur la majorité des produits, le taux de la TVA est d'environ 20%. Cela veut dire que sur un article qui vaudrait normalement 100 francs, il faut en plus payer une taxe de 20 francs. L'article revient donc à 120 francs au lieu de 100. L'argent versé à l'État en TVA représente donc 16,6% de la dépense (20 divisé par 120). Ainsi à chaque fois que vous achetez pour 1 000 francs de produits soumis à la TVA, vous payez 166 francs d'impôts. Pour déterminer combien d'impôts indirects vous payez par mois, nous allons être obligés de faire une approximation. En effet, selon les périodes, vous payez plus ou moins d'impôts indirects selon que vous choisissez de dépenser votre argent ou au contraire d'épargner. Enfin, selon les produits ou les services que vous achetez, les taux appliqués sont différents. Si le taux de la TVA est en général d'environ 20%, le taux de la TIPP (taxe sur l'essence) est lui beaucoup plus élevé, certains produits sont exemptés de taxes, etc. Ce serait donc très difficile de dire exactement, combien d'impôts indirects vous payez. Une chose est certaine en revanche, c'est que tout l'argent que vous gagnez, vous finirez bien par le dépenser un jour. Pour calculer combien vous payez d'impôts indirects en moyenne par mois, nous ferons donc comme si vous dépensiez dans le mois tout ce qui reste de votre salaire après les deux premières vagues d'impôts. Enfin, nous considérerons que vous payez 10% d'impôts indirects sur toutes vos dépenses, ce qui ne me semble pas excessif. La formule pour déterminer approximativement combien vous payez d'impôts indirects par mois sera donc la suivante:
Pour connaître le montant d'impôts que vous payez au total par mois, il vous suffit d'additionner les trois montants d'impôts que vous avez calculés précédemment. Pour connaître votre taux d'imposition, il vous suffit de diviser ce total par votre salaire réel et de multiplier le tout par 100:
Comment augmenter le salaire de tous les Français de 30% Si l'État nous prend à tous la moitié de notre salaire, il faut reconnaître qu'en échange, l'État nous fournit un certain nombre de services. L'État s'occupe de notre sécurité (Justice, Police, Armée). Il construit des routes, des voies ferrées, des infrastructures. Il s'occupe de l'éducation de nos enfants. Il nous donne une assurance maladie à nous et à notre famille. Avec un peu de chance, il nous donnera un jour une retraite. Enfin, il s'occupe de la solidarité, il vient en aide à ceux qui sont dans le besoin, qui traversent une passe difficile. Tout cela n'est pas rien. Pour nous fournir tous ces services, il faut bien que l'État nous en demande les moyens, il faut bien que nous en payions le prix. Si l'accepte cette logique, il est donc parfaitement normal que nous payions des impôts. Ce qui n'est pas du tout normal en revanche, c'est que nous payons actuellement les services de l'État beaucoup, mais alors beaucoup trop cher. Il serait tout à fait possible de réduire le coût des services de l'État de manière importante, de 30% par exemple et cela sans en diminuer la qualité, bien au contraire. Si l'on réduisait le coût des services de l'État de 30%, le salaire après impôts de tous les Français augmenterait lui d'environ 30%. Tous les Français auraient alors l'équivalent de 4 mois de salaire supplémentaires pour vivre! Pour savoir exactement quelle somme d'argent vous auriez en plus par mois de salaire si les impôts baissaient de 30%, il vous suffit d'appliquer la formule suivante:
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Cette AMERIQUE
qu'on nous déforme
Qu'en est-il réellement de la société américaine ?
Est-elle comme la dépeignent ses critiques ?
"Des comptes dans le rouge, des échanges déficitaires et un chômage en hausse. L’économie, l’autre ligne de front de George W. Bush", s’inquiète Le Monde dans son supplément Economie du 15 avril dernier ; "82(1) millions d’Américains privés d’assurance-maladie", nous informe encore le correspondant du même quotidien (20 juin) pour, quelques semaines plus tard (12 août), titrer une nouvelle fois à la Une : "L’économie américaine donne des signes d’essoufflement". Les autres médias se mettent aussi à l’heure américaine pour nous dire que, à l’approche des élections du 2 novembre, la situation économique et sociale aux Etats-Unis est mauvaise et ne fait qu’empirer. Le très connu chroniqueur de l’Express et de France Inter, Bernard Guetta, tire régulièrement la sonnette d’alarme en alertant les Français sur les "dérives de l’économie américaine". Gilles Delafon dans Le Journal du Dimanche (et commentateur sur Canal+) manifeste régulièrement sa pitié pour les "pauvres" américains. Libération fait sa Une (7 juillet) avec une photo du cinéaste Michael Moore qui est censé "sauver l’Amérique et ses citoyens". Courrier International (4-9 novembre), par l’intermédiaire de son directeur, Philippe Thureau-Dangin, nous explique que l’Amérique d’aujourd’hui est celle des réductions d’impôts en faveur des plus riches, d’une croissance encouragée "en faisant marcher la planche à billets" (sic) et une industrie qui tourne grâce à la guerre. L’association Le Secours Catholique critique dans son Rapport (2003) sur la pauvreté en France "une société de plus en plus libérale, américanisée".
Des intellectuels reconnus comme Jacques Julliard (Le Nouvel Observateur du 4-10 novembre) et Emmanuel Todd (Libération du 4 novembre) sont affolés par la "nouvelle pensée économique américaine et ses conséquences sur la population", avec, bien sûr, des répercussions en Europe.
Même la très sérieuse revue L’Histoire consacre (février) un gros dossier à l’Amérique dans lequel on peut trouver un chapitre sur les "pauvres américains". L’auteur, Romain Huret, professeur à l’Université d’Arras nous explique doctement dans ce chapitre intitulé "Guerre aux pauvres" le démantèlement "cynique" des programmes sociaux et la remise en cause de l’Etat-providence.
Les politiques ont aussi leurs opinions sur l’Amérique. A gauche, Jean-Pierre Chevènement, Henri Emmanuelli et Martine Aubry sont des grands pourfendeurs du capitalisme à l’américaine. L’ancienne ministre de l’Emploi, interviewée sur France Inter (3 septembre), accuse les dirigeants américains d’inconscience et les traite d’ "ignobles" en les accusant d’avoir aggravé la pauvreté dans leur propre pays. Le même sentiment est partagé par de nombreux politiques de droite, du président de l’Assemblée nationale, Jean-Louis Debré au porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé, ou bien au ministre de l’Emploi, Jean-Louis Borloo dont les propos très critiques à l’égard de l’économie américaine ont pu être entendus sur les ondes (RTL et Europe 1) ces dernières semaines.
"Des signes d’essoufflement"
Dans les 25 dernières années, l’économie américaine a connu une croissance moyenne de 2,9% par an. Cela représente 39% de plus que la moyenne européenne et 48% de plus que celle de la France. Grâce à cette croissance, à l’exception de la Grande-Bretagne, aucun des grands pays européens n’a connu une aussi forte baisse du chômage que les Etats-Unis durant la même période.
Si on la compare avec les économies européennes et/ou française, elle est même brillante. Lorsqu’on considère que l’emploi va mal aux Etats-Unis, alors que le taux de chômage est de 5,4% (plus bas que lors de la réélection de Clinton en 1996) et qu’en France ce même taux est deux fois plus élevé, on est en droit de se demander quels sont les buts cachés des journalistes français. Quand, à l’approche de l’élection du 2 novembre dernier, on nous présente l’Ohio, un Etat clef car pourvu de 21 grands électeurs, comme étant touché par une grave crise économique, alors que le chômage varie (d’un comté à l’autre) de 5,8% à 6,8% (le plus élevé), on ne peut s’empêcher de penser aux régions françaises touchées par un chômage à 17-19% comme dans le Nord-Pas-de-Calais ou bien au chômage des jeunes dont le taux peut frôler les 26-27%.
En octobre dernier, l’économie américaine a créé 337.000 nouveaux emplois, ce qui signifie que, depuis le début de l’année, le total des créations d’emplois frôle les deux millions, l’un des meilleurs chiffres de ces 5 dernières années (les chiffres des mois d’août et septembre ont été révisés à la hausse avec 113.000 emplois créés supplémentaires). Regardons de plus près la réalité dans ce pays et les vraies données disponibles sur son économie et sa société.
"Une économie sans création d’emplois"
Lors des périodes de très fortes croissance et de boom dans la création d’emplois, le taux américain de chômage est descendu jusqu’à 3,8% (avril 2000), du jamais vu depuis 1957. Et lors de la "récession" économique de l’été 2003 invoquée régulièrement par nos médias, le taux de chômage est monté jusqu’à 6%, un taux que la France dépasse largement depuis 1979.
Mais le taux de chômage peut être manipulé par les gouvernements. C’est le cas en France, comme l’iFRAP l’a souvent dénoncé en publiant les vrais chiffres du chômage, c’est-à-dire en prenant en compte toutes les catégories de chômeurs, ou bien en montrant les statistiques des créations d’emplois dans les services publics (emplois jeunes, emplois aidés, etc) ; c’est aussi le cas en Allemagne où, en 2002, 1,75 million d’Allemands ont été rayés des statistiques à cause des mesures étatistes de distribution d’emplois subventionnés.
La meilleure façon donc de mesurer ce chômage est de voir la création d’emplois dans ces pays et le pourcentage de la population active par rapport à la population totale. En effet, ces statistiques montrent que le nombre de personnes employées aux Etats-Unis a augmenté de 58.9 millions entre 1970 et 2003, une augmentation de 75%. Durant la même période, trois pays européens (la France, l’Allemagne et l’Italie) ont connu une augmentation de seulement 17.6 millions de personnes employées (+ 26%). Et si l’on tient compte de la période 1990-2003, la différence est encore plus évidente : 2.2 millions d’emplois créés en Europe et 18.9 millions aux Etats-Unis.
Les différences avec l’Europe et en particulier la France sont énormes pour ce qui est du chômage de longue durée, une tare que notre pays n’arrive pas à éradiquer malgré les milliards dépensés. Ce chômage est d’autant plus grave qu’il brise des vies et enferme dans l’impuissance et la résignation des millions d’êtres humains. Aux Etats-Unis, ce fléau a été éradiqué depuis longtemps. Si, en 1983, 24% des chômeurs mettaient au moins 6 mois pour trouver un emploi, en 2000, ils n’étaient plus que 11%. En France, ils sont 21% à rester au chômage plus de 6 mois et… 33% plus d’un an (aux Etats-Unis, seulement 8%). Le tableau ci-joint montre clairement les chances comparées d’un chômeur américain et d’un français pour trouver un emploi.
Durée du chômage (du total des chômeurs)
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Durée |
Etats-Unis |
France |
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Moins d’1 mois |
37 % |
5 % |
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Plus d’1 mois et moins de 3 mois |
30 % |
20 % |
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Plus de 3 mois et moins de 6 mois |
14 % |
21 % |
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Plus de 6 mois et moins d’1 an |
11 % |
21 % |
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Plus d’1 an |
8 % |
33 % |
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Source : OCDE (2003)
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Toujours d’après cette étude de l’OCDE, un Américain a 67% des chances de trouver un emploi dans les trois mois et un Français seulement 25% de chances !

Source : OCDE (2003)
Il est important aussi de noter le fait que les Etats-Unis ont connu entre 1990 et 2003 une vague d’immigration sans précédent, avec 15,7 millions de personnes supplémentaires arrivées sur son territoire. Toujours dans le domaine de l’emploi, ce qui est essentiel c'est le ratio population active/réelle. Or, aux Etats-Unis, 74% de la population (en âge de travailler) a un emploi, alors qu’en France, ce taux est de seulement 62% (en 2000). Il est important de rappeler que dans les années 1970, le taux d’emploi était le même dans les deux pays.

Source : OCDE 2003
L’écart entre les deux pays est encore plus visible en tenant compte du temps de travail. Le passage aux 35 heures en France n’a pas du tout eu l’effet escompté (créations d’emplois, baisse du chômage) et le gouvernement actuel commence progressivement – mais très timidement – à réformer cette loi. De l’autre côté de l’Atlantique, on travaille environ 1800 heures par an tandis qu’en France on est aujourd’hui à 1460 heures/an. En moyenne, un Français travaille 2.6 heures par jour et un Américain 3.6 heures.
Contrairement aux affirmations de certains politiques français (en particulier, Martine Aubry), le déficit en temps de travail en France n’est pas compensé par une meilleure productivité des salariés français. Les données (OCDE) montrent que la productivité américaine a connu un rythme de croissance de 3.09% par an entre 1996 et 2003, contre 1.5% en moyenne en France.
"Juste des petits boulots"
Les anti-américains ont fini par reconnaître l’extraordinaire vitalité du marché du travail aux Etats-Unis sauf que ce dynamisme s’est traduit – d’après eux - par la création de millions et de millions de "petits jobs", des emplois sous-payés, de courte durée et dans les secteurs de l’alimentaire (Mcjobs) ou de la vente (Wal-Mart). Ces affirmations ont servi aux politiques européens d’alibi pour ne pas reconnaître le succès des Américains dans la lutte contre le chômage et justifier l’envolée inadmissible du nombre de sans-emploi de ce côté-ci de l’Atlantique. "On a du chômage mais pas des petits boulots comme là-bas", assènent-ils sur les ondes ou dans la presse. Avant de voir quelle est la vérité, cette position mérite un commentaire. Même si c’était vrai, ne vaudrait-il pas mieux avoir un emploi que rien du tout ? Ne vaudrait-il pas mieux pour un jeune travailler que ne rien faire ou être parqué dans des stages inutiles ? Travailler et apprendre un métier – quel qu’il soit – est plus important qu'attendre les allocations en fin de mois.
Cela dit, la vérité est un peu différente. Premièrement, en regardant l’évolution de l’emploi depuis les années 1980, on remarque que le nombre de personnes payées avec le salaire minimum(2) est en baisse continue : de 8,9% en 1980 à 1,8% en 2002. En regardant de plus près les emplois créés durant la période de boom économique (1989-2000), on peut remarquer, d’après les études du Bureau of Labor Statistics que la plupart des créations d’emplois ont été faites dans les catégories les plus qualifiées. En effet, une étude (2000) de ce Bureau a divisé les emplois créés durant cette période en trois catégories : une catégorie d’emplois très peu qualifiés, une deuxième d’emplois moyens dans l’industrie en particulier et, enfin, une troisième catégorie d’emplois hautement qualifiés. Les statistiques montrent que les emplois non-qualifiés de la première catégorie ont augmenté de 17,5% sur cette période, tandis que les emplois les plus qualifiés se sont accrus de… 28,4% ! Sur les 17,3 millions d’emplois créés, presque 60% (environ 10,2 millions) l’ont été dans les domaines les plus qualifiés et donc les mieux payés.
Alors, a-t-on affaire à des working poors ? En 2001, d’après le Census Bureau, 4,9% des Américains étaient considérés comme des working poor. Toutefois, ces statistiques incluent toute personne qui a travaillé au moins 27 semaines durant l’année en cours, ce qui inclue aussi des personnes à la recherche d’un emploi. De plus, dans la catégorie des "working poors", environ 54% des personnes sont des jeunes de 25 ans ou moins. En général, il s’agit d’un jeune d’une famille de classe moyenne qui travaille pour se faire de l’argent et qui reste très peu de temps employé à ce niveau.
Les créations d’emplois aux Etats-Unis ne sont donc pas du tout des créations de "petits boulots". Ce sont des emplois de qualité, mais la grande caractéristique du marché du travail américain est qu’il crée toutes sortes d’emplois. Ceci explique aussi pourquoi le taux de chômage est si bas, autant pour les personnes avec un bon niveau d’études que pour les autres. Même les femmes sans études trouvent plus facilement un emploi : le taux de chômage de cette catégorie est de 8,9% aux USA, il est de 14,5% en France. Et le pourcentage des femmes au travail a augmenté de 11 points en 20 ans (entre 1980 et 2000) et il est de 73% en Amérique (62% en France et 63% en Allemagne)(3). Pour ce qui est des rémunérations, à travail égal, une Américaine gagne en moyenne 85% par rapport à un Américain. En France, le salaire d’une femme se situe à environ 75% de celui d’un homme.
"Il faut plusieurs jobs pour survivre !"
Ce cliché est étroitement lié au précédent sur les "working poors". D’après nos "experts", les Américains seraient obligés d’avoir plusieurs boulots pour survivre. Un peu comme les ressortissants des pays anciennement communistes dont l’économie a été détruite, l’industrie en faillite et qui sont effectivement obligés d’avoir deux ou trois emplois pour assurer les fins de mois. Mais les Etats-Unis ne sont pas vraiment l’Albanie ou la Bulgarie. Les études(4) montrent que, en 2003, seulement 5,3% des Américains avaient plus d’un emploi. Sur ce pourcentage, la plupart travaillent deux mi-temps (ce qui revient à un emploi à plein temps). Ce sont donc seulement 2%(5) d’Américains à avoir deux emplois à plein temps.
De plus, le pourcentage des personnes à plusieurs boulots est en baisse constante : de 6,3% en 1990 à 5,3% en 2003. Et cela malgré la forte augmentation de l’immigration, souvent, principale source de candidats à l’accumulation de plusieurs jobs. Toutefois, avoir plusieurs emplois, signifie-t-il que les fins de mois sont difficiles ? La réalité contredit cette affirmation qui semble irréfutable aux antiaméricains. D’après le Census Bureau(6), environ 35% de ceux qui possèdent plusieurs emplois le font pour gagner plus d’argent (17% choisissent un deuxième emploi parce qu’ils ont envie de travailler et 5% pour avoir une expérience supplémentaire). Seulement 28% le font pour des problèmes financiers, ce qui représente seulement 1,5% des Américains !
Pour mieux comprendre cette situation, regardons de plus près qui sont ces gens qui ont plusieurs emplois. La grande surprise est là : plus on a fait des études, plus on est censé avoir un ou deux emplois supplémentaires. En effet, le pourcentage des diplômés avec plus d’un emploi par mois est presque le triple de celui des sans diplômes (9,5% contre 3,3%) ! Ce sont les enseignants, les psychologues et les comptables. Une réalité donc bien différente de ce qu’on veut nous fait croire.
"Un Etat absent"
"Le gouvernement n’est pas la solution à notre problème, c’est le problème", disait Ronald Reagan, candidat à la présidentielle américaine en 1980. Cette phrase résume à elle seule tous les changements intervenus aux Etats-Unis à partir des années 1980 lorsque le rôle de l’Etat a été de plus en plus réduit et les forces de la société civile et des entrepreneurs ont été libérées. Si l’emprise de l’Etat sur la société n’a fait que s’aggraver entre les années 1930 et 1975, avec des augmentations d’impôts, des dépenses publiques, des déficits ( 6 % du PIB) et une baisse significative de l’emploi privé, la tendance s’est inversée par la suite. Moins de dépenses publiques (de 24% en 1983 à 18,4 en 2000), moins d’impôts (le taux marginal est ramené de 70% à 28%) vont de pair avec des privatisations massives dans tous les grands domaines de l’économie (aérien, transports, énergie…).
En même temps, la réforme de l’Etat-providence et des dépenses sociales s’est accélérée pour être complètement mise en place au milieu des années 1990. En 1994, environ 14,2 millions d’Américains recevaient des aides sociales, en 2003, ils n’étaient plus que 5 millions, le nombre le plus bas depuis 1967 (voir plus loin le chapitre sur la pauvreté).
Au total, d’après les chiffres de l’OCDE, les dépenses de l’Etat américain n’ont jamais dépassé, même dans les périodes d’étatisation, 38% du PIB, par comparaison, en Europe, ces dépenses se situent pour la plupart des pays au-dessus de 50%. En 2003, les pourcentages étaient les suivants : 35,9% aux USA et 54,4% en France.
Le recul de l’Etat est synonyme de plus de libertés accordées aux employeurs, moins de taxes et plus de facilités aux créateurs d’entreprises. Sans entrer dans les détails de la création d’entreprises que l’iFRAP a abordée souvent en soulignant le rôle vital des "business-angels", on peut toutefois citer cette étude(7) publiée en 2002 par quatre économistes de l’OCDE montrant que le coût de création d’une entreprise nouvelle aux Etats-Unis est l’équivalent de 1,7% du PIB/habitant, alors qu’en France il est de 35,6%. La même étude montre aussi que les réformes structurelles importantes de réduction du poids de l’Etat aux Etats-Unis dans les années 1980-90 expliquent en très grande partie (de l’ordre de 40%) les différences du taux d’emploi entre l’Amérique et l’Europe. Entre 1980 et 1990, les Etats-Unis ont créé environ 1,9 million d’emplois supplémentaires par an net tandis que le nombre d’emplois créés est resté pratiquement nul en France et en Allemagne sur la même période.
"C’est la loi de la jungle"
C’est un lieu commun. En Europe, surtout en France et en Allemagne, l’Etat-providence, grâce à un filet de sécurité, prend en charge les personnes les plus exposées aux risques de chômage, de maladie ou d’accident social. Aux Etats-Unis, c’est le contraire, la loi de la jungle prime, les employés sont jetés comme des Kleenex lorsque la Bourse baisse et les patrons s’enrichissent sans vergogne sur le dos des ouvriers. Pour cela l’Europe "sociale" a créé un système législatif extrêmement strict censé protéger les employés. D’après un classement réalisé par l’OCDE (1999) concernant la sévérité du droit du travail dans plus d’une vingtaine de pays, les Etats-Unis apparaissent comme les plus laxistes, donc les moins protecteurs, la France se situant parmi les plus sévères aux côtés de l’Allemagne et de la Norvège.
Toutefois, le marché du travail américain n’est pas vraiment soumis à la loi de la jungle. Et ce sont les employés eux-mêmes qui le disent. D’abord, grâce à sa bonne santé, 31% des Américains travaillent dans la même entreprise pendant au moins 10 ans. Plus de 50% des employés dans la tranche d’âge de 45 -54 ans (donc la plus exposée au risques de licenciement) restent au moins 7,6 ans dans la même entreprise. Les chances de trouver un emploi sont beaucoup plus élevées aux Etats-Unis qu’en Europe (on l’a vu plus haut) et les entreprises américaines qui marchent embauchent plus facilement : entre 1990 et 1997, les start-up américaines ayant plus d’une année de croissance ont augmenté leur personnel de 161% en moyenne, en France, pour les mêmes sociétés, l’augmentation n’a été que de … 13%.
Ce qui importe donc aux Etats-Unis c’est la facilité de trouver un emploi et non pas d’être protégé. La sécurité de l’emploi ne réside pas dans l'abolition du licenciement (qui est un phénomène normal dans une économie libre), mais dans l’offre d’emplois sur le marché du travail. Plusieurs sondages(8) réalisés des deux côtés de l’Atlantique sont très révélateurs. Malgré une plus grande protection, 33% des Français considèrent (à la fin de 2003) que les risques de perdre leur emploi sont très élevés (ils ne sont que 19% aux Etats-Unis) et seulement 60% d’entre eux ont le sentiment que l’emploi actuel est sûr contre 90% aux Etats-Unis).
"Les Américains sont en prison. C’est pour ça qu’il y a plein d’emplois chez eux"
On le sait, ce n’est pas la peine de le répéter, les Etats-Unis c’est le pays de la vente libre d’armes, de la criminalité et de l’insécurité généralisée. A part le fait que la vente d’armes dépende des Etats, il est intéressant de consulter les derniers chiffres d’Interpol et voir si la réalité est conforme aux phantasmes. D’après cet organisme, de 1995 à 2001, le nombre d’homicides volontaires pour 100.000 habitants passe en France de 4,4 à 3,9 et aux Etats-Unis, de 8,2 à 5,6. Le total des crimes et délits est moins réjouissant : de 6316 à 6941 en France et de 5277 à 4160 (pour 100.000 habitants) aux Etats-Unis. Les vols, toutes catégories confondues, passent, toujours pour 100.000 habitants, en France, de 4170 à 4310 et aux Etats-Unis de 4813 à 4310. Il n’y a pas vraiment matière à considérer avec suffisance l’insécurité américaine.
"Les Américains sont en prison. C’est pour ça qu’il y a plein d’emplois chez eux", a affirmé récemment un politique français (Henri Emmanuelli). Un autre (Werner Müller, ministre de l’Economie), en Allemagne, dit la même chose : "Si autant de gens étaient incarcérés chez nous, le chômage baisserait de 1,5 points". Il est vrai que le nombre d’Américains incarcérés est en forte augmentation : en 1980, ils étaient 500.000 dans les prisons, en 2003, ils sont quatre fois plus nombreux. Néanmoins, plusieurs précisions s’imposent. D’abord, le taux de criminalité était excessivement élevé au début des années 1980, ce qui se répercutait sur l’ensemble de la société, y compris sur l’emploi en général (comment créer des business dans des zones de non-droit ?), un taux 4-5 fois plus important qu’en Europe. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée. Les Etats-Unis sont mieux classés que la plupart des autres pays pour ce qui est des vols, agressions et autres délits mineurs.
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"Aujourd'hui, la tendance s'est inversée.
Les Etats-Unis sont mieux classés que la plupart des autres pays pour ce qui est des vols, agressions et autres délits mineurs." |
Sans compter qu'une incarcération a plutôt tendance à aggraver le chômage car une personne libérée a moins de chances de trouver un emploi. Et cela est valable dans n’importe quel pays. Sans oublier qu’une personne arrêtée ne veut pas dire forcément un emploi libéré. Les statistiques sont claires : seulement un tiers des personnes avaient un emploi au moment de leur arrestation. L’incidence sur le taux de chômage est donc infime et ne sert que d’échappatoire aux politiques européens pour ne pas réformer le marché du travail.
Les mesures prises par le gouvernement vont dans le bon sens, même si l'on peut s'interroger sur les modalités du contrat de «nouvelle embauche». Mais disons-le franchement, elles ne sont pas à la hauteur de l'enjeu et de ce qu'il faudrait faire après avoir dit la vérité aux Français, en leur expliquant que notre modèle social, qualifié par Jacques Lesourne de «modèle soviétique réussi», est en train d'échouer.
Le diagnostic partagé est un préalable aux réformes structurelles, car une bonne idée que l'on veut imposer, c'est une mauvaise idée. Il y a plus de dix ans, je publiais un livre sur l'emploi, intitulé Le Grand Mensonge, parce que les hommes politiques de droite comme de gauche me disaient : «Oui, vous avez raison, mais on ne peut pas le dire, car c'est électoralement suicidaire.»
C'était un an après la dissolution par le gouvernement d'Edouard Balladur de la Commission Mattéoli (dont j'étais membre) sur les obstacles structurels à l'emploi. Après quelques mois de réflexion elle parvenait à une première vérité inaudible : le Smic, avec ses charges, est une barrière à l'emploi des travailleurs peu qualifiés. Il en est en effet du marché du travail comme de tout marché : s'il y a un déséquilibre entre l'offre et la demande (le chômage), c'est qu'on ne laisse pas jouer le système de prix.
Si le Smic était resté indexé sur l'inflation, et n'avait pas connu des coups de pouces, il serait au niveau du RMI. Entendons bien le message : il y a des gens que l'on n'embauche pas parce qu'ils coûtent trop cher compte tenu de la valeur de leur compétence et du coût de l'éventuelle débauche (1). Ce n'est pas aux entreprises d'assurer la fonction de redistribution sociale, c'est à la collectivité de le faire, par le biais de l'impôt positif et négatif (la prime à l'emploi). Cessons de nous chamailler sur la nature des contrats de travail : la meilleure des sécurités, c'est la compétence, et celle-ci passe par l'insertion professionnelle réussie. Quand, à l'issue de sa formation, un apprenti n'est pas assez payé, il se place ailleurs. Le marché du travail n'est pas assez ouvert au profit de ceux qui veulent travailler, alors que d'autres se comportent comme des quasi-propriétaires de leur emploi et sont intouchables, quelle que soit leur performance. Tout se passe comme si la sécurité des uns se nourrissait de l'insécurité des autres. En 2004, malgré la croissance soutenue de 2,4%, on a créé 20 000 emplois, soit dix à quinze fois moins d'emplois marchands nouveaux qu'à la fin des années 90 pour une croissance comparable. Explication : la baisse du SMIC avec les charges a été stoppée pour repartir à la hausse, même si cela est en partie compensé par des exonérations qui pèsent sur le budget. C'est bien la baisse du coût du travail non qualifié qui a permis d'améliorer le contenu en emploi de la croissance entre 1993 et 2001. Il aurait donc fallu réduire la dépense publique (7 points de PIB de plus que la moyenne communautaire) qui impose des charges élevées : moins de fonctionnaires, mieux payés et plus efficaces. C'est d'ailleurs ce qu'a réussi la Suède, sans grèves et en concertation avec des syndicats représentatifs et responsables !
La deuxième vérité, c'est que notre croissance économique par habitant est systématiquement plus faible que la moyenne européenne depuis vingt-cinq ans (2), tout simplement parce que l'on ne travaille pas assez (quatre semaines de moins que la moyenne européenne, dix semaines de moins que les Etats-Unis). Ce n'est pas en ramant moins que l'on avance plus vite, et si les Français travaillaient autant que les Américains, ils auraient 8 000 euros de plus de grain à moudre par habitant. C'est l'activité qui crée la richesse et l'emploi : en travaillant moins, on s'appauvrit. Et les pays européens où la croissance est la plus forte et le chômage, réduit, sont aussi ceux où l'on travaille plus qu'ailleurs. Il aurait fallu, en 2002, faire table rase des 35 heures. Maintenant, il ne reste qu'une possibilité : récompenser le travail et ne pas décourager les fourmis par des impôts sur les revenus dissuasifs. On n'est pas imposé sur le temps libre, pourtant inégalement réparti et j'avais proposé de rendre les heures supplémentaires non imposables : les ouvriers et les employés veulent du «black officiel». On a tout essayé sauf ce qui marche chez nos voisins, sous prétexte que cela n'est pas transposable : l'apprentissage en Allemagne (avec cinq fois plus d'apprentis en proportion et un taux de chômage des jeunes deux fois plus faible) ; la flexibilité du marché du travail en Grande-Bretagne (avec un taux de chômage deux fois plus faible que le nôtre et une revalorisation de 40% du salaire minimum ces dernières années).
Puisque le modèle danois est à la mode, allons jusqu'au bout de celui-ci, en ne protégeant pas les emplois, mais les personnes, et en responsabilisant, de surcroît, les chômeurs qui voient leur indemnisation se réduire de manière drastique s'ils refusent une offre d'emploi : pas de droits sans devoirs. Mais tout n'est pas transposable du modèle danois : 80% de représentativité syndicale et avec une préférence nationale à l'embauche dans un pays aussi peu «ouvert» au travailleur étranger que le Japon !
La troisième vérité est qu'il y a plus de 300 000 offres d'emplois non satisfaites, parce que l'indemnisation du chômage est trop passive. Il ne devrait pas y avoir de revenu sans contrepartie d'activité, c'est une question de dignité pour les individus et d'efficacité pour la société. N'oublions pas que 96% de nos 2,5 millions d'entreprises comptent moins de vingt personnes et représentent 40% de l'emploi marchand. Faute de trouver les compétences et compte tenu des rigidités du marché du travail ces entreprises avancent à voile réduite : elles pourraient créer des centaines de milliers d'emplois si les vents redevenaient favorables et incitaient les entrepreneurs à réveiller les projets qui dorment dans leurs tiroirs.
Quatrième vérité (la plus méconnue) : les petits patrons qui travaillent deux fois 35 heures par semaine sont étranglés par les grands donneurs d'ordre de l'industrie et de la distribution, et moins bien armés que ces derniers, pour se défendre contre le harcèlement administratif. Ecoutons ce que dit Valérie Tellier (cette fille de contremaître) qui se bat pour sauver les soixante-dix emplois CDI de Val Laquage, l'entreprise de façonnage de flacons, qu'elle a créée en 1998 à Ouville-la-Rivière (76) : «Le marché est difficile, mais l'est d'autant plus qu'un grand donneur d'ordre verrier, ayant investi massivement dans mon activité, en me tenant un discours de sous-traitant partenaire, me supprime des commandes prêtes à être produites sur lignes, alors qu'il s'agissait de commandes fermes représentant 50 000 euros.» Valérie Tellier ne pouvait pas attendre les trois jours légaux pour convoquer le CE et encore moins les vingt jours, pour que l'inspection du travail donne son accord à l'inévitable chômage technique. Elle a réuni l'ensemble du personnel, expliqué la situation, ils ont accepté à l'unanimité de prendre des congés pour sauver leur emploi ! Nos champions nationaux (verriers, constructeurs, distributeurs), par ailleurs si prompts à donner dans les discours sur la responsabilité sociale des entreprises, devraient s'interroger : si les emplois de leurs fournisseurs disparaissent, leur développement ne sera pas durable faute de consommateurs solvables !
Mais le harcèlement textuel vient s'ajouter aux malheurs de Valérie : «Je dois en permanence justifier et expliquer ce que je fais dans l'entreprise, pendant ce temps les autres pays avancent. Les contraintes sont les mêmes que pour les groupes mais avec des moyens bien différents. Nous devons subir un taux d'absentéisme avoisinant les 10% avec des arrêts de travail de six semaines pour une petite coupure au doigt. (...) Il y a enfin les contrôles fiscaux et l'Urssaf, sans oublier l'inspection du travail... pour eux je suis un patron et je n'ai qu'à me plier aux règles, le reste n'est pas leur affaire !» On comprend mieux, après ce témoignage, pourquoi l'idéal pour certains chefs d'entreprise, c'est d'avoir le moins de personnel possible et de sous-traiter tout ce qui peut l'être !
On ne peut plus demander à nos entreprises de courir dans la compétition internationale avec des semelles de plomb et des corsets réglementaires. C'est bien le modèle social français qui ne va plus !
Michel Godet
[20 juin 2005] Le Figaro
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